Trois petits cailloux
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Trois petits cailloux au fond de sa poche
Un blanc, un brun, le troisième ocre.
Trois petites pierres polies par les flots du ruisseau.
L'enfant les a ramassés bien précieusement, comme des trésors, ses trouvailles.
Et toute la folie du monde n'a à ses yeux pas plus d'importance que le poids de ces petites présences.
Elles déforment légèrement la doublure de son pantalon.
Il les touche du bout des doigts, les caresse pour vérifier leur existence.
Elles ont chauffé contre son corps, elles lui renvoient une douce chaleur. Elles s'entrechoquent à chacun de ses pas, d'un doux cliquetis, caresse pour ses oreilles.
Il sourit.
Il hume l'air, respire ce parfum âcre des sous-bois.
Il avance pas à pas dans la forêt. Et la forêt l'accueille.
A chaque crépitement des branches sous ses pieds, le petit peuple retient son souffle.
L'enfant regarde la feuille de châtaigner virevolter et se poser délicatement près de lui
Il ne voit pas la fée cachée au creux de celle-ci. Elle a la même couleur orangée, elle s'est laissée bercer par la descente, elle rit de bonheur, ébouriffée par le vent de l'automne... et ce rire cristallin résonne jusqu'aux oreilles de l'enfant.
Même s'il ne les voit pas, il sait la magie de la forêt, il croit aux petits êtres qui vivent là, il espère bien qu'un jour ils lui feront suffisamment confiance pour se dévoiler en sa présence.
L'enfant s'enfonce dans la densité des bois, il sait exactement où il va. Les battements de son c½ur s'accélèrent, une douce ivresse l'envahit, l'excitation de retrouver cet endroit, l'appel de l'herbe verte, l'envie de se laisser caresser par des rayons de soleil, éblouir par les couleurs des feuilles, emporté par l'odeur végétale...
Il vérifie que les petits cailloux sont toujours dans sa poche. Un, deux, trois, ils sont bien là. Il sourit encore, il sourit aux branches qui le touchent, il ferme un instant le yeux et sent sur son visage la sensation d'un fil... toile d'araignée ou présence de fée? Il s'arrête un instant, écarquille les yeux et observe... écoute... ne voit rien... Il reprend sa route.
Il est impatient d'arriver, il est inquiet aussi. L'appréhension lui noue l'estomac. Comment sera la clairière? Comment sera l'arbre? Chaque rencontre est différente, la nature est tellement changeante.
Cela fait trop longtemps qu'il n'est pas venu, les dernières vacances c'est si loin déjà... Et si ça avait changé ? Si quelqu'un était venu et avait souillé le vert de l'herbe ?
Il sort des sous-bois, aveuglé. Ses cheveux sont de l'or incandescent... Il cligne des yeux un instant, inondé de lumière, puis il le voit.
Majestueux, serein, calme... L'arbre l'attend.
L'enfant se sent si petit, mais en même temps si fort. Il sert un peu plus fort les petits cailloux dans sa poche. Il s'approche doucement et l'arbre l'accueille d'un grand coup de vent dans ses branches. L'enfant écoute l'arbre, l'enfant sent qu'il est content de le revoir , l'enfant sourit.
L'enfant sort de sa poche les trois petites pierres. Il les regarde dans le creux de sa main, observe les reflets du soleil sur leurs surfaces polies... Puis il les dépose délicatement toutes les trois au pied de l'arbre, dans l'anfractuosité à la base de ses larges racines. Son cadeau à la nature, son présent aux lutins, son trésor pour les elfes...
Le vent s'engouffre dans les branches et des dizaines de feuilles dorées s'envolent et s'éparpillent autour de l'enfant pour le remercier de son offrande. Et l'enfant ne peut s'empêcher de rire et danser dans ce tourbillon scintillant...
Il est heureux